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le blog-note de François Zocchetto

L'invité de France Bleu Mayenne : Déplacement en Syrie

2 Mars 2015 , Rédigé par Permanence François Zocchetto

François Zocchetto était l'invité de la rédaction de France Bleu Mayenne, lundi 2 mars 2015.

Interview France Bleu Mayenne – lundi 2 mars à 7 h 45

France Bleu : Vous ne regrettez pas votre voyage en Syrie après le tohu-bohu qu'il a provoqué en France, d'ailleurs est-ce que vous imaginez le ramdam que ça allait faire ?

François Zocchetto : Alors tout d'abord, je voulais dire que le sujet est grave. Il 's'agit de la lutte contre le terrorisme, il s'agit de la survie des populations civiles au Proche-Orient et je ne comprends pas que certains et, notamment, localement puissent en faire un sujet de polémique. Le sujet est trop sérieux pour cela. Alors c'est vrai que les réactions ont été vives mais elles ont surtout été vives de la part du parti socialiste car ailleurs beaucoup de gens s'accordent à dire qu'il faut réfléchir à la question, il faut engager un débat.

France Bleu Mayenne : Il faut réfléchir à quelle question ? Qu'elle était la finalité de ce voyage ?

François Zocchetto :La finalité était double. Premièrement, il y avait un message que nous souhaitons délivrer à nos amis syriens, les syriens sont très francophiles et francophones. Le peuple syrien souffre beaucoup et nous avons eu un volet humanitaire : j'ai visité plusieurs hôpitaux, la Croix Rouge, le Croissant Rouge. Je me suis rendu au lycée Charles de Gaulle de Damas qui tente, tant bien que mal, de survivre sous les bombes. J'ai rencontré les communautés religieuses musulmane et chrétienne. Donc ce volet humanitaire était très important. Et puis le deuxième objectif était de nous informer en tant que parlementaire. Les parlementaires ont l'obligation de contrôler l'action, y compris diplomatique, du Gouvernement. C'est la raison pour laquelle nous étions là-bas. C'est vrai que nous sommes pas le bras du Gouvernement. Nous sommes indépendants et libres au-delà de nos différences de sensibilités politiques.

- France Bleu Mayenne : Cette visite, c'est pas un coup de canif dans la diplomatie française ?

- François Zocchetto : Il y a un vrai débat dans la diplomatie française et chez les hommes politiques français à savoir si on réengage un dialogue avec les autorités syriennes, 4 ans après l'avoir rompu. Mais en 4 ans beaucoup de choses on bougé. Daesh a beaucoup progressé. Daesh est sur notre territoire français y compris en province et aujourd'hui, nous devons voir les choses en face : Comment s'opposer à Daesh. Daesh qui est en train de prendre position en Syrie, et qui est en train de réduire en esclavage ou d'exterminer une partie de la population.

- France Bleu Mayenne : Quand vous parlez de nos amis syriens, Bachar El Assad fait parti de nos amis ?

- François Zocchetto : Bien sûr que NON. Je parle du peuple syrien qui n'en peut plus, qui est au bout du rouleau et qui ne comprend pas pourquoi on est si éloigné. Nous sommes allés pour dire aussi à tous ces gens là : On ne vous oublie pas. N'ayez pas peur. Continuez à vous battre. Continuez à survivre. En aucune façon, ce déplacement se veut être une caution à la politique de Bachar El Assad.

- France Bleu Mayenne : Est-ce que vous pensez sérieusement que Bachar El Assad peut être un allié contre Daesh alors qu'on sait très bien que dans son propre pays ce n'est pas contre Daesh qu'il concentre ses forces?

- François Zocchetto : Je crois que vous vous trompez. Pour bien avoir une approche du sujet il faut s'informer. Il faut aller sur place, c'est ce que je reproche d'ailleurs à certains contradicteurs locaux.

- France Bleu Mayenne : Et en quelques jours vous avez pu vous rendre compte exactement ce qui se passe sur place ?

- François Zocchetto : Non … c'est pas en quelques jours. Moi, je travaille au groupe d'amitié France –Syrie depuis une douzaine d'année et encore une fois je ne dis pas qu'il faut soutenir la politique de Bachar El Assad. Je dis que dans les circonstances actuelles de lutte contre le terrorisme il faut au moins qu'on se pose la question de savoir comment on fait ! On ne peut pas rester sur une posture et on ne peut pas se laver les mains de toutes les atrocités qui sont commises en Syrie aujourd'hui : Il y a des chrétiens mais aussi les minorités musulmanes. Nous avons en face de nous Daesh qui est doté de moyens financiers considérables. D'ailleurs, il faudra s'interroger sur le financement de Daesh. Il va falloir dire la vérité et nous avons besoin d'un débat au Parlement pour savoir quel est le rôle par exemple de l'Arabie Saoudite ou du Qatar. Quel est aussi la véritable attitude de la Turquie qui est sous l'emprise des Frères musulmans. Vous voyez nous avons besoin au niveau de la représentation nationale, en France, d'avoir un vrai débat. Et mes collègues souhaitaient être informés et c'est la raison pour laquelle nous sommes allées là-bas.

- France Bleu Mayenne : Qu'est-ce que vous vous êtes dit avec Bachar El Assad ?

- François Zocchetto : Nous avons écouté le Président Syrien qui nous a dit, de façon très classique, qu'il ne comprenait pas pourquoi la France restait sur une posture…

- France Bleu Mayenne : Bachar El Assad a dû bien en profiter pour faire passer certains messages. Lesquels ?

- François Zocchetto : … Et nous avons fait passer quelques messages sur la lutte que nous avons à avoir contre le terrorisme. Mais vous savez Bachar El Assad est quelqu'un qui ne se livre pas et encore une fois nous n'étions pas là pour le soutenir.

- France Bleu Mayenne : Que peut-on attendre de Bachar El Assad ? Alors que cela fait 4 ans que personne n'a jamais rien obtenu de lui ?

- François Zocchetto : Nous attendons simplement qu'il y ai un débat en France pour savoir si nous devons engager un dialogue avec les autorités syriennes comme le font les Nations Unies. Vous savez qu'actuellement, au moment où je vous parle, il y a un émissaire, tout à fait officiel, des Nations Unies qui travaille avec le Gouvernement syrien pour essayer d'établir un cessez-le-feu. Il y a le Parlement européen qui s'apprête à envoyer une délégation de parlementaires. Il y a des pays de l'Union européenne comme l'Espagne ou l'Autriche, pour ne citer que ceux-là, qui s'interroge sur la réouverture de leur ambassade. Donc le débat n'est pas tabou ! Notre priorité c'est la lutte contre le terrorisme, la lutte contre Daesh. La situation intérieure politique en Syrie sera le travail des syriens.

- France Bleu Mayenne : Vous étiez missionné pour ce voyage ou ça reste une initiative individuelle comme vous les dîtes depuis le début ?

- François Zocchetto : C'est une initiative parlementaire privé mais qui s'inscrit parfaitement dans le fonctionnement du Sénat. Les deux présidents des groupes d'amitié France-Syrie, du Sénat et de l'Assemblée nationale, conduisaient la délégation. Nos instances, en l'occurrence le Président du Sénat et la commission des Affaires étrangères, étaient au courant. J'affirme que le Président de la République et le Quai d'Orsay étaient au courant. Ils avaient été informés par notre homologue socialiste, Gérard Bapt. Donc, on ne peut pas faire comme si tout cela n'existait pas. S'il n'y a pas eu de communication avant c'est pour des raisons évidentes de sécurité.

- France Bleu Mayenne : Le Président de l'UDI, vous l'avez informé ?

- François Zocchetto : Bien sûr.

- France Bleu Mayenne : Qu'est-ce qu'il vous a dit ?

- François Zocchetto : Vous savez à l'UDI, nous sommes très soucieux de la situation en Syrie et l'aspect humanitaire. La situation des populations civiles nous préoccupe beaucoup. J'ai reçu beaucoup de messages d'encouragement et de félicitation, y compris de personnalités de gauche qui s'exprimeront le moment venu. Lorsque l'on aura enfin droit à un débat à l'Assemblée nationale ou au Sénat mais c'est en aucune façon une initiative isolée. C'est une initiative parfaitement …

- France Bleu Mayenne : Jean-Christophe Lagarde disait hier sur une autre radio que si vous lui aviez posé la question il aurait jugé inopportun ce voyage …

- François Zocchetto :Non. J'ai discuté aussi avec Jean-Christophe Lagarde et il sait très bien l'utilité de la démarche. D'ailleurs, d'autres personnalités de l'UDI, et non des moindres, ce matin encore, soutiennent l'initiative comme 44 % des français.

- France Bleu Mayenne : Est-ce que vous étiez briefé par les services secrets ?

- François Zocchetto : Non pas du tout. Nous sommes en tant que parlementaires libres et indépendants. Et à notre retour, nous réservons nos informations pour la représentation parlementaire, c'est à dire en ce qui me concerne, le Président du Sénat, la commission des Affaires étrangères. Et si le Gouvernement veut nous demander ce que nous pensons et ce que nous avons vu, nous sommes à sa disposition. Je rappelle que notre délégation comprenait à la fois des représentants du PS, de l'UMP et de l'UDI.

- France Bleu Mayenne : Alors maintenant qu'attendez vous donc de ce voyage ?

- François Zocchetto : Qu'il y aie un débat. Qu'on engage le débat et que la France ne reste pas sur une posture et se donne les moyens. Je ne crois pas qu'une intervention au sol de nos forces armées soit envisageable. On va pas refaire un nouvel Afghanistan, on a vu aussi tout ce que cela donnait comme catastrophes en Irak voire en Lybie. Donc, trouvons une solution pour le peuple syrien et trouvons une solution pour que nous aussi, en France, nous puissions nous protéger contre le terrorisme. Car c'est le même terrorisme Daesh qui est en France, qui est en Syrie, qui est au Proche-Orient.

- France Bleu Mayenne : A quelques semaines des élections départementales, ce voyage était opportun ?

- François Zocchetto : Je suis un parlementaire qui fait son travail, son travail de contrôle de l'action du Gouvernement. Certain localement, et je veux viser notamment Guillaume Garot et les représentants du parti socialiste, veulent faire de ce sujet très grave, la lutte contre le terrorisme, un sujet de polémique bassement électorale locale, je pense qu'ils se trompent. Je pense que c'est pas à leur honneur. Quand on veut se présenter aux élections départementales alors qu'on est en situation de cumul des mandats. étant parlementaire, je pense qu'on peut avoir un peu de réserve et commencer par s'informer. Et s'informer c'est aussi aller sur place.

- France Bleu Mayenne : Vous ne pensez pas que cela risque de gêner les candidats de la majorité départementale qui vont devoir affronter des questions auxquelles ils n'ont pas envie de répondre. Ils ont sans doute d'autres chats à fouetter, d'ailleurs …

- François Zocchetto : D abord, je pense qu'une bonne partie de la population comprend la démarche …

- France Bleu Mayenne : Ce n'est pas ce qui dit un sondage réalisé pour le JDD hier ..

- François Zocchetto : Si. 44 % des français, aujourd'hui, pensent qu'il faut renouer le dialogue avec les syriens et dans le conditionnement médiatique et politique dans lequel sont les français, je trouve que c'est un résultat qui mérite déjà attention. En tout cas, on ne peut pas le nier. S'agissant des élections départementales, nos candidats sont des candidats qui sont engagés dans l'action locale. Il ne s'agit pas de tout mélanger. Guillaume Garot est aussi un parlementaire et il peut aussi faire son travail parlementaire.

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